
En vingt-cinq ans, l’achat audiovisuel a changé de nature bien plus que de matériel. Une salle de réunion se négociait autrefois comme un projet d’infrastructure, avec un pont de visioconférence qui pesait plus lourd que les terminaux qu’il reliait. Elle se souscrit aujourd’hui : l’équipement posé sous l’écran n’est que la partie visible d’un abonnement qui court tant que la salle sert. Entre les deux, la décision a quitté le service audiovisuel pour la direction informatique, puis, dans les faits, pour l’éditeur de la plateforme.
Ce qui a changé depuis 2000 n’est pas le prix du matériel, qui s’est effondré, mais la structure de la dépense : le coût s’est déplacé vers les licences et les plans de service, et la décision d’achat audiovisuel vers la direction des systèmes d’information.
En bref
- Le prix d’un système de salle a été divisé par près de quatre-vingts entre 2006 et 2019.
- Licence de plateforme et plan de service dépassent le prix du matériel sur cinq ans.
- Sept salles de réunion sur dix restent dépourvues d’équipement de visioconférence dans le monde.
Le pont coûtait dix fois le prix d’un terminal
En 2003, la dépense se décidait à l’échelle du parc
Les actes des Journées réseaux de l’enseignement et de la recherche de 2003 donnent les ordres de grandeur de l’époque. Un terminal H.323 de bonne qualité se trouvait alors à moins de 4 000 €, une passerelle vers le RNIS à partir de 10 000 €, et un pont multipoint entre 15 000 et 150 000 €. Autrement dit, l’équipement d’une pièce pesait peu face à l’infrastructure qui la rendait utilisable. On n’équipait pas une salle, on ouvrait un service.
Le RNIS facturait la réunion à la minute
Le même document rappelle une contrainte aujourd’hui disparue : les coûts de communication, fonction de la distance et du débit demandé, restreignaient l’usage et limitaient la qualité vidéo. La visioconférence se réservait, se justifiait, se comptait. H.320, la norme des liaisons RNIS, date de décembre 1990 ; H.323, celle des réseaux de données, de novembre 1996. Ainsi, près de dix ans auront été nécessaires pour que le réseau de l’entreprise absorbe la vidéo.
Le haut de gamme se louait déjà sur cinq ans
L’abonnement n’est pas né avec le nuage. En octobre 2006, Cisco annonçait sa gamme TelePresence à 79 000 $ pour le modèle d’entrée et 299 000 $ pour le modèle à trois écrans, en proposant d’emblée des financements de trente-six à soixante mois. La mensualisation servait alors à rendre supportable un prix hors de portée. Désormais, elle sert à tout autre chose.
La décision a changé de mains deux fois
L’achat audiovisuel a longtemps relevé d’un service interne, parfois d’un prestataire attitré. Il a changé de prescripteur deux fois en quinze ans, et la seconde fois sans que personne le décide.
Les services généraux ont passé la main à l’informatique
AVIXA, l’association professionnelle de l’audiovisuel, interroge régulièrement les acheteurs d’équipements. En avril 2022, elle publiait un résultat net sur le croisement entre informatique et audiovisuel : 58 % des répondants déclaraient l’audiovisuel géré au sein du département informatique, et 67 % dans le seul segment des entreprises. L’échantillon n’est pas public et la mesure n’est pas française. Elle décrit pourtant ce que nous constatons en rendez-vous.
Chez ILINOVE, la demande d’équipement arrive d’abord de la direction des systèmes d’information, ensuite des services généraux, enfin d’un service métier. Cet ordre ne s’est pas imposé du jour au lendemain : l’informatique a pris la main progressivement, à mesure que la salle de réunion est devenue un élément du réseau plutôt qu’un bien immobilier.
Le canal de distribution a suivi le mouvement
Les grossistes ont accompagné ce glissement. Ingram Micro disposait déjà, en 2014, d’une division dédiée à l’audiovisuel professionnel. En France, le salon IT Partners créait une filière audiovisuelle en 2016. Depuis, des marques d’audio professionnel se distribuent dans le canal informatique. Le catalogue a donc rejoint l’acheteur là où il se trouvait déjà.
Puis l’éditeur de la plateforme a repris la main
Deux produits lancés en 2014 annonçaient la suite. Google mettait sur le marché en février une box de visioconférence à 999 $, distribuée par des acteurs informatiques. Zoom présentait en avril un système de salle assemblé à partir d’un ordinateur, d’une tablette et d’une caméra du commerce. Dans les deux cas, le matériel devenait banal et le logiciel décidait.
Depuis, Microsoft, Zoom et Google publient des listes de matériel certifié. Microsoft teste chaque appareil sur des spécifications couvrant l’audio, la vidéo, l’interface, la gestion et la sécurité. Acheter hors certification revient à renoncer au support de l’éditeur et à la gestion centralisée du parc. Autrement dit, la certification tient lieu de cahier des charges.
Google va plus loin. Sa documentation de certification fixe la fin de support d’un kit sur celle de son UC (Unité de clacul), et non de ses composants. Les licences matérielles se vendent par périodes d’un an. Leur non-renouvellement entraîne le déprovisionnement de l’appareil. La durée de vie utile ne se calcule donc plus au bilan : elle se lit chez l’éditeur.
Le point technique
Matériel certifié. Appareil validé par l’éditeur d’une plateforme sur un jeu de spécifications imposé. La certification porte sur la conception et les performances, pas sur le fonctionnement d’un service.
BYOM (bring your own meeting). Mode d’usage où le portable pilote la réunion et emprunte les périphériques de la salle, généralement par un câble USB unique. La salle n’a alors pas d’unité de calcul.
Gabarit de salle. Configuration type définie par l’éditeur selon le nombre de places. Une liste fermée de matériels lui correspond. Elle remplace la conception salle par salle.
Ce que l’achat audiovisuel coûte vraiment aujourd’hui
Le prix d’un système a été divisé par quatre-vingts
299 000 $ (Tarifs Etats-Unis) pour un système à trois écrans en 2006. 3 499 $ pour une barre de visioconférence tout-en-un annoncée en octobre 2019. Et, selon le cabinet d’études Futuresource Consulting, la moitié des barres vendues aujourd’hui le sont sous 1 000 $. Les périmètres fonctionnels ne se comparent pas terme à terme, mais l’ordre de grandeur est là. Un arbitrage qui remontait autrefois à la direction se signe désormais sur une ligne de fournitures.
Le récurrent s’installe entre 2016 et 2022
HP lance son offre de matériel en abonnement en juin 2016. Cisco bascule sa collaboration sur un plan par souscription en 2017. Zoom ouvre un programme de matériel en abonnement en juillet 2020, suivi la même semaine par un constructeur norvégien qui propose sa barre à partir de 100 $ par mois sur vingt-quatre mois. Puis Logitech publie un plan de service à 399 $ par salle et par an, en juillet 2021.
Vient enfin septembre 2022. Microsoft remplace ses licences Teams Rooms Standard, à 15 $ par appareil et par mois, et Premium, à 50 $, par une offre Basic gratuite plafonnée à vingt-cinq salles et une offre Pro à 40 $ par salle et par mois. Les anciennes références disparaissent le 1er octobre 2023. Pour une organisation qui se contentait du niveau Standard, la ligne budgétaire est donc plus que doublée.
| Poste de dépense | Au début des années 2000 | Aujourd’hui |
|---|---|---|
| Terminal ou barre de salle | Achat, poste secondaire | Achat, prix divisé par plusieurs dizaines |
| Infrastructure de pont | Achat d’un pont multipoint, poste dominant | Incluse dans la plateforme |
| Licence de la plateforme | — | Abonnement par salle et par mois |
| Plan de service constructeur | Contrat de maintenance négocié | Abonnement par salle et par an, souvent requis pour la gestion à distance |
| Gestion du parc | Manuelle, sur site | Portail de l’éditeur, conditionné à la licence |
| Fin de vie utile | Décidée par l’exploitant | Fixée par la date de fin de support de l’éditeur |
Le calcul se fait vite. Une salle équipée d’une barre à 3 999 $ supporte ensuite 480 $ de licence et 399 $ de plan de service chaque année, soit près de 4 400 $ sur cinq ans. Cette reconstitution s’appuie sur les tarifs publics relevés le 29 août 2026 chez Microsoft et Logitech ; aucun éditeur ne publie ce total. Le récurrent dépasse le matériel avant même le premier renouvellement.
Là où l’abonnement cesse d’avoir un sens
Le raisonnement s’inverse dans deux cas au moins. D’abord, une salle occupée deux heures par semaine ne justifie ni licence dédiée ni plan de service : un ordinateur portable et un bon périphérique USB y font le travail, pourvu que l’acoustique de la pièce ne pénalise pas déjà les échanges. Ensuite, une organisation qui reste sous le plafond de vingt-cinq licences gratuites n’a aucune raison de payer une gestion centralisée qu’elle n’utilisera pas. L’abonnement lisse une dépense ; en revanche, il ne la supprime pas et ne remplace jamais l’analyse d’usage.
Le récurrent ne rend pas une salle moins chère : il en étale le coût et en transfère la maîtrise.
Ce que la bascule change pour ceux qui installent
Le déplacement de l’achat audiovisuel vers l’abonnement ne concerne pas que les acheteurs. Il redessine aussi le métier de ceux qui conçoivent et posent les installations.
Le revenu récurrent devient la norme du métier
Aux États-Unis, la NSCA, association des intégrateurs de systèmes, relevait en janvier 2025 un basculement net. 35 % d’entre eux tiraient au moins un cinquième de leur chiffre d’affaires de services ou d’abonnements, contre 9 % lors de l’enquête précédente. L’échantillon n’est pas public ; la tendance, elle, ne fait guère de doute. Le métier se déplace ainsi de la pose vers l’exploitation. Cela suppose des compétences réseau, un outillage de supervision et une relation contractuelle plus longue que le chantier.
La commande publique a validé le modèle
En France, la centrale d’achat publique UGAP a attribué fin 2023 un lot de son marché de visioconférence à une offre explicitement sans investissement initial. Celle-ci associe fourniture de matériel, infogérance, conciergerie et support, de la petite commune au ministère. Or, quand l’achat public renonce à l’investissement sur un poste d’équipement, le signal dépasse largement le secteur public.
Le contexte réunionnais
À La Réunion, l’octroi de mer s’ajoute à l’équation. Voté par le Conseil régional, il s’applique à la valeur en douane des matériels importés. Le régime européen qui l’autorise court jusqu’au 31 décembre 2027, soit un horizon plus court que l’amortissement d’un parc d’écrans.
Quant au Kap Numérik de la Région Réunion, il ne finance que des prestations de services. Aucun écran, aucune barre de visioconférence n’entre dans ses dépenses éligibles : le matériel reste à la charge entière de l’entreprise.
Nous mettons le coût récurrent sur la table au moment du devis, pas à la mise en service. Un client qui découvre l’abonnement après la signature ne nous le pardonne pas, et il a raison.
Laurent Rodes, gérant d’ILINOVE Technologies
Le cahier des charges opposable en 2026
Trois textes encadrent désormais l’achat audiovisuel en entreprise. Aucun ne figure spontanément dans un devis, et tous les trois peuvent être exigés du fournisseur.
La détection d’émotions est interdite au travail
Depuis le 2 février 2025, le règlement européen sur l’intelligence artificielle interdit les systèmes visant à inférer les émotions d’une personne sur son lieu de travail, hors motifs médicaux ou de sécurité. La règle vise directement les fonctions d’analyse d’attention ou de score de participation que certaines caméras de salle mettent en avant. En revanche, le cadrage automatique, le suivi de locuteur, le comptage de personnes et la transcription n’entrent pas dans cette interdiction. C’est aujourd’hui le critère le plus directement opposable à un fournisseur.
Sept ans de pièces détachées, mais pas sur tout
Le règlement européen d’écoconception des dispositifs d’affichage impose une durée minimale de sept ans depuis mars 2021. Les pièces détachées doivent rester disponibles auprès des réparateurs professionnels après la commercialisation du dernier exemplaire d’un modèle. Deux exclusions méritent toutefois l’attention de l’acheteur. D’une part, les projecteurs et les systèmes de visioconférence tout-en-un sortent du champ. D’autre part, les écrans professionnels et les tableaux blancs interactifs ne sont soumis qu’aux exigences d’efficacité matière. L’indice de réparabilité français, quant à lui, ne couvre aucun produit audiovisuel professionnel.
La reprise du matériel remplacé incombe au vendeur
L’éco-participation doit apparaître séparément du prix, en magasin, en ligne et sur la facture. L’éco-organisme ecosystem rappelle que la reprise gratuite d’un équipement usagé de même type, à l’achat d’un neuf, est une obligation du distributeur, et que le client doit en être informé avant la vente.
Sur le terrain, l’ancien matériel prend trois chemins. Le plus souvent, il reste sur place sans destination. Parfois, nous le reprenons pour le faire traiter en filière. Parfois encore, le client le garde en secours. Seul le premier cas pose problème, et il ne tient pas à la réglementation, qui est claire, mais au fait que personne ne pense à l’inscrire au devis.
Questions fréquentes
Faut-il encore acheter son matériel, ou l’achat audiovisuel passe-t-il forcément par l’abonnement ?
Les deux coexistent. Le matériel s’achète toujours ; ce sont la licence de plateforme et le plan de service qui se souscrivent. La vraie question porte sur le nombre de salles : en dessous d’une dizaine, la gestion centralisée se justifie rarement.
Une salle équipée en 2015 est-elle encore utilisable aujourd’hui ?
Souvent oui, à condition d’accepter le mode BYOM. L’écran, l’audio et le câblage restent valables ; c’est l’unité de calcul et sa compatibilité avec la plateforme qui décrochent en premier. Les critères sont ceux de la conception d’une salle de visioconférence, et un audit d’une demi-journée suffit à trancher.
Le matériel non certifié Teams ou Zoom fonctionne-t-il quand même ?
Techniquement, oui, dans la plupart des cas. Ce qui se perd, c’est le support de l’éditeur en cas d’incident et l’accès au portail de gestion du parc. Sur une salle unique, la perte est faible. Sur vingt salles, elle devient coûteuse.
Qui doit reprendre le matériel remplacé ?
Le distributeur, gratuitement, pour un équipement de même type acheté neuf. L’entreprise reste toutefois responsable de ses propres déchets tant qu’elle ne les a pas confiés à une filière agréée. Le plus simple reste d’inscrire la reprise au devis dès le départ.
Sur un cas concret de matériel qui a survécu à ses concurrents adossés à un abonnement, voir notre article sur l’évolution du Samsung Flip depuis 2018.
Article rédigé avec l’assistance d’un outil d’intelligence artificielle, puis relu, corrigé et validé par ILINOVE Technologies, qui en assume la responsabilité éditoriale.
Une salle à équiper ?
Nous nous déplaçons, nous mesurons la pièce, et nous vous recommandons le matériel qui convient.
Demande de devispas de vente sans installationPlus de vingt ans d’installations dans l’île. Nous n’écrivons que sur ce que nous installons.


